Partager l'article ! Dragon Head: Un petit nouveau dans la partie manga laissée à l'abandon, je souhaite faire un gros retour en arrière vers une série absolument ...
Un petit nouveau dans la partie manga laissée à l'abandon, je souhaite faire un gros retour en arrière vers une série absolument indispensable. Un classique parmi les classiques du seinen, j'ai nommé Dragon Head. Eh oui, j'annonce directement la couleur : un vieux, mais un chef d'oeuvre quand même. Asseyez-vous, attachez vos ceintures, le voyage risque d'être inconfortable.
TITRE : Dragon Head
GENRE : Enfer Naturel
FORMAT : Manga
DATE : 1995 – 2000
PRÉPUBLICATION : Young Magazine
AUTEUR : Minetarō Mochizuki
ÉDITEUR : Pika Edition
VOLUME FR : 10
##### ##### ##### ##### ##### ##### ##### ##### ##### #####
NOM : Teru Aoki
CARACTÈRE : Déterminé
Teru est un jeune garçon comme les autres. Plutôt intelligent, exigeant envers lui-même il se construit en tant qu'adulte, comme n'importe quel ado de son
âge. Le désastre va d'ailleurs lui faire faire pas mal de chemin dans sa tête. Il est solide psychologiquement et résiste étonnamment bien à la catastrophe.
NOM : Ako Seto
CARACTÈRE : Combattive
Ako se retrouve avec Teru suite à l'accident du shinkasen. Elle aussi résistante psychologiquement, elle doit surtout son salut à Teru qui a
pris soin d'elle au départ. Par la suite, la tendance s'inverse et c'est elle qui devient indispensable. Elle tarde à prendre conscience de la situation mais trouve en Teru une accroche à
la vie.
##### ##### ##### ##### ##### ##### ##### ##### ##### #####
SYNOPSIS : Teru est un simple collégien qui rentre d'un voyage scolaire où il s'est bien embêter. Comme beaucoup d'adolescents de son âge, il a des soucis
d'ordre relationnel avec ses camarades et n'est pas mécontent de rentrer chez lui revoir sa petite famille. Oui mais voilà, à peine le temps de s'ennuyer devant cette histoire banale que le noir
se fait...
Teru se réveille. Il a mal partout. Il ne sait plus où il est, son esprit divague. Petit à petit il se rappelle, le shinkasen, les garçons de sa classe, le tunnel, un bruit sourd et
puis... plus rien. Il a mal, il se lève. Autour de lui, à la lueur d'un briquet il distingue l'horreur qui vient de se produire. Le train à dérailler : tout le monde est mort. Dans le tunnel, il
fait un noir terrifiant qui semble s'étendre à l'infini. Le silence pesant des mort arrachés violemment à la vie pèse un poids insoutenable sur ses frêles épaules. Il prend peur quand il entend
un bruit... Visiblement, il n'est pas le seul à avoir survécu...
On peut qualifier Dragon Head d'horreur psychologique. Donc évidemment, il vise un certain publique dont le seuil de tolérance morale est assez élevé. Il est question de forces naturelles qui se déchaînent face à des hommes impuissants. Tout ça, c'est bien mignon mais ça se passe pas sans mort ni sans violence. Alors comme tout manga, Dragon Head a un genre. Dans ce cas, on est dans un seinen proche de l'épouvante. Et comme tout, soit ça plaît, soit non.
Dragon Head se développe autour d'un sentiment basique humain : la peur. Les abysses, le noir, la chaleur suffocantes, les visons d'horreurs, la crainte, les
sons... tout ce qui peut rend le lendemain hypothétique se dresse face aux hommes tel un monstre invincible. L'auteur se joue à la perfection des réflexions psychologiques des ses personnages, en
confrontant de courts flashbacks de vies paisibles à la terreur d'un monde plongé dans le chaos le plus total.
Beaucoup d'oeuvres s'adonnent aux "situation extrêmes". Ce type de divertissement continue de proliférer. Seulement là, contrairement aux Resident Evil-like, l'affaire s'annonce un brin
différente. Téru n'est pas juste mal barré mais bel et bien dans une situation inextricable. L'espoir ne fait pas illusion bien longtemps, les héros de Dragon Head ne sont qu'une petite
flamme balayée par la tempête. Il s'agit ici d'un ultime soubresaut pour une poignée d'hommes cloîtrés dans un pays carrément invivable. L'auteur s'amuse à confronter une jeune génération
assistée à un problème que rien, si ce n'est les ressources internes, ne peut résoudre. Il met en évidence que le moindre fait et geste est motivé par un intérêt personnel. Un égoïsme qui éclate
au grand jour bien plus facilement quand la situation est propice (Pas besoin d'une émission "expérience Milgram" sur France 2 pour le prouver). Encore un manga qui, du point de vue
philosophique, a de quoi faire conférer plus d'un intellectuel.
À l'intérêt psycho-philosophique vient s'ajouter ce qui fait la force de tout bon manga. D'abord un rythme effréné, qui sait ralentir quand c'est nécessaire.
Ensuite, un trait efficace conduisant l'intrigue sous des angles de vue absolument frissonnants. L'expression sur les visages, les paysages lunaires, apocalyptiques se multiplies à mesure que
notre mâchoire se décroche. Le spectacle, pour ainsi dire, captive à un tel point qu'il faut un effort assez conséquent pour revenir dans la vraie vie. Voilà l'essence même d'un bon
divertissement : faire oublier le quotidien même si, dans ce cas, c'est en enfer que l'on plonge. Et pour finir, un scénario entretenant le mystère et le suspens afin d'être sûr que votre
porte-feuille réserve 7€ bien au chaud pour chaque nouveau volume sorti.
Et malgré ce flot de bonnes choses, le présent manga a été largement boudé. D'ailleurs, je ne pense pas trop prendre de risque en déclarant que la plupart des gens qui lisent ces lignes n'ont
jamais entendu parler de Dragon Head. La faute à des couvertures peu attrayantes et à un style vieilli qui ne convainc plus beaucoup aujourd'hui. Dommage.
Après, du point de vue faisabilité, il y a de quoi couiner sur deux trois choses. Je parle des événements racontés dans le manga. Volontairement, les catastrophes qui s'enchaînent sont un peu
exagérées afin d'entretenir un spectacle de haute volé. Par contre, la probabilité d'une catastrophe de cette envergure a de quoi faire froid dans le dos quand on sait la vulnérabilité du Japon
aux aléas de notre chère planète. Le manga laisse imaginer les scénarios les plus fous et force est de constater qu'il n'y a rien de vraiment irréaliste là-dedans...
On trouve des bons, voire des excellents mangas un peu partout. La liste des séries mémorables est longue et grossit tous les ans. Cependant, je n'ai rien trouvé de comparable en terme d'accroche que Dragon Head. Une fois commencé, il se dévore de bout en bout. Un voyage exaltant dans un cauchemar terrible où l'humain est remis à sa vraie place. Passionnant, fascinant, frissonnant, sublime, grandiose ; à vous de choisir. Les superlatifs ne manquent pas et se justifient tous. Non, nous ne sommes pas encore au niveau de mangas anthologiques bien qu'ici, je parle sans aucun doute d'un véritable chef d'oeuvre. Pour tous ceux qui aiment le seinen, ceci manque à votre culture. Pour tous les autres... idem. Mon conseil, lisez ce manga en écoutant Dog's Blood Rising des Current 93, vous ne serez pas déçu du voyage. :)